L’open badge: vers une meilleure reconnaissance individuelle des compétences

Eric Rousselle, CEO d'Open Badge Factory, raconte comment favoriser la reconnaissance des compétences avec open badge.

Eric ROUSSELLE est un entrepreneur français installé en Finlande depuis plus de trente ans. Il nous raconte son parcours entrepreneurial et son intérêt pour le système open badge, outil mettant au centre l’apprenant pour favoriser la reconnaissance des compétences.

Son parcours d’entrepreneur

C’est en 1985 à l’université d’Oulu en Finlande que j’ai eu connaissance des ordinateurs et du réseau IBM. Alors enseignant de français, je m’y suis intéressé pour mettre en relation mes étudiants avec des étudiants français pour qu’ils échangent. J’ai réussi à obtenir un compte IBM, plutôt réservé aux chercheurs. Il m’a permis de créer des connexions à Paris, Montréal, … et de développer différentes fonctionnalités, comme un logiciel de chat en français par exemple.

Au début des années 90, NOKIA m’a repéré comme « le français aux projets fous » de l’université. L’entreprise était alors en développement important et cherchait une façon de former ses ingénieurs à distance. J’ai ainsi travaillé sur la première plateforme d’enseignement sans internet de l’époque. Mais le contexte universitaire où j’évoluais a fini par poser problème pour le développement de ce projet.

Je suis donc parti de l’université en 2000 pour aller chez Sonera, un opérateur de téléphonie finlandais. Il avait monté un incubateur accompagnant une trentaine de startups. C’était le bon timing pour notre solution : l’arrivée d’internet avait amplifié le besoin de travailler en réseau. Malheureusement, un mauvais investissement financier de Sonera a entrainé la fin de l’incubateur. Nous sommes donc partis avec toute l’équipe de 10 personnes pour créer officiellement l’entreprise Discendum, spécialiste du Learning management system. C’était une vraie prise de risque en 2001 puisque l’explosion de la bulle internet avait fortement réduit les investissements financiers. L’entreprise s’est donc développée sur le marché finlandais sans financement externe : chaque membre de l’équipe en est devenu actionnaire.

La reconnaissance des compétences via les open badges

Cette situation a fini par devenir un peu trop « confortable » : j’étais en recherche de nouveauté. Je me suis alors intéressé à la reconnaissance individuelle des compétences : on part des acquis des personnes pour définir les formations nécessaires à leur évolution. Pour cela, il faudrait un système de formation basé sur les apprenants plutôt que sur les organismes de formation. C’est un peu ce que propose le portfolio universitaire aux étudiants, mais de manière non spontanée et sans aspect communautaire.

C’est dans ce contexte qu’en 2012, j’ai rencontré des équipes de la Fondation Mozilla, qui mettait en place les open badges numériques. Open badge est un standard ouvert permettant de reconnaître, valider et accréditer les apprentissages tout au long de la vie. C’est une accréditation numérique, créée et émise par des organisations comme les écoles ou associations à destination de leurs étudiants, membres, …

J’ai vu l’open badge comme un outil de développement pédagogique et de reconnaissance des compétences. C’est une sorte de passerelle entre les différents silos de la formation tout au long de la vie (école, université, entreprise, …). Les bénéficiaires de ces badges peuvent activement valoriser leurs compétences, dans un monde où tout évolue très vite. Ce n’est pas qu’une technologie supplémentaire : les badges répondent à un besoin d’une société numérisée qui évolue en mettant au centre l’apprenant. Ils apportent également de la reconnaissance au sein de nos sociétés françaises et finlandaises.

Le développement des open badges

Cette découverte des badges numériques ouverts a été suivie du développement technique d’Open Badge Factory un an plus tard. Cette plateforme polyvalente est à destination des organisations qui souhaitent créer, émettre et gérer des badges numériques. Les premiers clients sont arrivés en 2014 avec des projets pionniers. Il s’agissait principalement d’associations finlandaises, puis des associations humanitaires internationales et des écoles et universités. Toutes cherchaient à favoriser la reconnaissance de l’engagement et des compétences de leurs membres/étudiants via le système open badge. Le produit a ensuite été commercialisé à grande échelle en 2016. Le service Open Badge Passport est arrivé en complément. Il permet de simplifier la réception, le stockage et le partage des badges numériques  pour leurs bénéficiaires. C’est aussi un espace communautaire, pour mettre en valeur et reconnaître ses compétences  à travers son réseau.

Il reste encore de nombreuses possibilités à explorer autour des badges. Nous allons par exemple proposer une solution dédiée aux entreprises, avec un outil de gestion des compétences. En effet, les services RH doivent faire face à l’émergence très rapide de nouvelles compétences et ont besoin d’outils pour rendre visible les compétences disponibles dans l’entreprise. Il y a aussi une évolution dans la façon dont les entreprises cherchent leurs futurs salariés. Les badges pourront alors être un moyen pour les entreprises d’identifier les personnes qui ont les compétences qui les intéressent pour une mission donnée.

Sa vision de l’entrepreneur

Un  entrepreneur est pour moi quelqu’un qui a de la chance et qui est là au bon moment. Il lui faut des idées intéressantes et trouver les personnes clés, les bons contacts pour avancer dans son projet.

En tant qu’entrepreneur, on est souvent centré sur ses idées, auxquelles on croit. On traverse des phases d’euphorie mais aussi des phases de doute. Et à ce moment-là, l’ego d’entrepreneur peut être porteur. Quand on est entrepreneur,  il faut donc se valoriser soi-même et ne pas attendre qu’on le fasse pour soi. Ce qui correspond parfaitement à la logique de l’open badge !

En savoir plus sur les open badges numériques de l’association

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